Le potentiel majeur de l’évaluation des risques dans les décisions des assureurs suisses

L'Agefi 16 septembre 2017

C’est ce que révèle une étude du cabinet Mazars sur le bilan de la première année d’application des mesures dites ORSA, régies par la Finma.

Les entreprises d’assurances sont tenues en Suisse de procéder, au moins une fois par an, à une évaluation prospective interne de leurs risques et de leur solvabilité (Own Risk and Solvency Assessment ORSA) selon des bases formulées par la FINMA dans le cadre d’une circulaire entrée en vigueur en janvier 2016.

Où en sont les assureurs suisses au niveau de ces nouvelles exigences? Soit dans l’intégration de cette évaluation prospective  — sur au moins trois années de planification — dans les processus de gestion des risques? Et dans l’élaboration des scénarios et mesures d’atténuation des risques définis, évalués et documentés par l’assureur? Pour répondre à cette question, le cabinet d’audit et de conseil Mazars vient de publier, avec le concours de la Haute Ecole de droit et de gestion de Zurich ZHAW, les résultats d’une enquête conduite auprès de 36 compagnies d’assurances (assureurs directs, réassureurs et assureurs-maladie - à hauteur d’environ un tiers pour chacune de ces trois catégories) en Suisse.

Résurgence de la norme européenne Solvency II

Car ces exigences ORSA constituent un élément clé de la norme européenne Solvabilité II qui a introduit des règles de solvabilité uniformes dans toute l’Europe.

Mais pourquoi les assureurs suisses, qui ont en principe défini leur propre version, plus sévère (SST) de cette norme européenne, sont-ils assujettis à ORSA? «Dans le cadre des discussions sur l’équivalence des régimes de supervision des assurances, la Suisse a dû améliorer ses standards pour que ceux-ci soient reconnus comme pleinement équivalents à ceux de Solvency II»  ainsi que le rappelle Stefan Zumsteg, le responsable du département actuariat de Mazars. Et ce dernier d’insister sur le fait qu’il ne s’agit pas en premier lieu d’un exercice de reporting mais bel et bien d’un instrument de gestion et de pilotage des risques à long terme au sein des entreprises. De manière à astreindre celles-ci à considérer les outils déjà disponibles, dont le SST.”

Pleine intégration pour 27% des assureurs directs

Or si 60% des réassureurs indiquent avoir déjà entièrement intégré ORSA dans l’organisation et les processus, cette part n’est que de 27% chez les assureurs directs. Et 18% de ces derniers répondent «Nous sommes encore tout au début». Chez les assureurs directs, une autre part de 27% répond que «les principaux ajustements ont été mis en œuvre et des réglages de précision restent à faire (réponse aussi prodiguée par 30% des réassureurs). Conformément aux attentes, les sociétés d’assurances de plus grandes tailles (catégories 2 et 3) sont plus avancées dans la mise en œuvre que celles de tailles plus modestes correspondant aux catégories 4 et 5. Quelles sont dès lors les principales mesures d’atténuation du risque qui ont été prises en compte dans les différents scénarios élaborés?

Ainsi que l’illustre l’infographie ci-contre, la variable d’ajustement principale réside dans la réassurance des risques: cette mesure est indiquée par 63% des assureurs directs et même par 73% des réassureurs, ainsi que par 33% des assureurs maladie. Alors que le ratio de solvabilité (SST) moyen s’élève au niveau confortable de 260% pour les assureurs directs interrogés et de 270% pour les assureurs maladie, mais à seulement 155% pour les réassureurs. La plupart des entreprises n’ont en revanche pas été en mesure de satisfaire à l’exigence d’évaluation du ratio de solvabilité SST sur trois ans ni, à fortiori, sur le degré de précision attendu à cet égard.

Impact sur la gestion d’actifs

Dans ce contexte, l’influence d’ORSA sur les processus stratégiques de l’entreprise se manifeste principalement dans la formulation de l’appétence et de la tolérance risque. Quels sont dès lors les facteurs les plus influencés par ORSA dans les sociétés? Principalement la gestion des actifs, du moins pour les assureurs directs mais aussi pour les assureurs maladie. Chez les réassureurs en revanche, l’accent est mis plus fortement sur la planification des dividendes. Ce qui n’étonne guère compte tenu du débat récurrent sur le poids des politiques de dividendes de certains groupes d’assurances cotés.

Mais les compagnies d’assurances de tailles réduites des catégories 4 et 5 ont plutôt indiqué qu’ORSA déployait une forte influence sur le développement de leur stratégie commerciale. Les compagnies de cette catégorie qui, avec les captives de réassurances sont, rappelons-le, dispensées de l’obligation de rendre compte à la FINMA des résultats de l’ORSA, estiment pourtant que cet exercice a fortement amélioré les processus de quantification des risques.

Enfin, l’étude fait apparaitre que nombre de compagnies se sont acquittées de cet exercice juste avant le délai imparti, en décembre et en janvier pour deux tiers d’entre elles, alors que le délai était fixé à janvier 2017. «Or l’identification et la quantification des risques sur la base d’une planification généralement faite en début d’année ne présente plus guère d’intérêt en décembre, où l’on préférera attendre les chiffres réels de fin d’année» selon Stefan Zumsteg. Et ce dernier de conclure : «à mon sens, beaucoup d’entreprises n’ont pas compris d’emblée que l’ORSA n’est pas juste un simple exercice de conformité mais un outil à intégrer dans les prises de décisions. Puisque le Conseil d’administration doit tenir compte d’ORSA dans les décisions de dimensions stratégiques ou susceptibles de mettre en péril la pérennité de l’entreprise ou les intérêts des assurés».

Document

L'Agefi_2017-08-16

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